Aux Antilles, Aimé Césaire adoube Ségolène Royal

Publié le par ps maromme

NOUVELOBS.COM | 28.01.2007 | 08:55

 

"Vous nous apportez la confiance et permettez-moi de vous dire aussi l'espérance", a déclaré le poète martiniquais à la candidate PS, en visite à Fort-de-France.

 

Ségolène Royal

 

Ségolène Royal

(Reuters)

 

Le poète martiniquais Aimé Césaire, âgé de 93 ans, a donné vendredi 26 janvier son onction à la candidate socialiste Ségolène Royal pour la présidentielle en lui faisant part de sa "confiance" et de son "espérance".
Malgré sa santé fragile et ses difficultés à marcher, Aimé Césaire a tenu à apparaître au côté de Ségolène Royal lors d'une brève prise de parole à la mairie de Fort-de-France. Le poète a par ailleurs accepté d'être président d'honneur du comité de soutien "Désirs d'avenir" de la candidate en Martinique.
"Je dois dire que je suis très ému de voir une petite Martiniquaise", l'a saluée le chantre de la "négritude", qui est arrivé main dans la main avec elle sur le perron de la mairie. "Elle nous connaît et je la remercie d'avoir bien voulu entendre le peuple martiniquais".
"La Martinique a changé, la Martinique est inquiète, nous sommes dans un monde nouveau et nous pensons qu'il faut une politique nouvelle (...) avec des fondements nouveaux", a-t-il plaidé. "Nous vous faisons confiance", "vous nous apportez la confiance et permettez-moi de vous dire aussi l'espérance".
Flattée, la prétendante à l'Elysée s'est dite "profondément touchée et honorée". 

Un "pouvoir néocolonial" 

Mais dans une allusion transparente à l'enquête qu'aurait menée les Renseignements généraux sur son entourage, Ségolène Royal a comparé les méthodes de la droite à celles du "pouvoir néocolonial" aux Antilles à la fin des années 1970.
La candidate du PS, qui a effectué son stage d'énarque en 1978 à la préfecture de Fort-de-France, a expliqué qu'elle avait alors demandé à rencontrer le poète Aimé Césaire, qui était maire du chef-lieu de l'île sous l'étiquette de son parti du PPM (Parti progressiste martiniquais).
"Je fus alors convoquée par le préfet. Cette visite me fut interdite. Ce fut un choc", a-t-elle expliqué devant plusieurs centaines de personnes massées au marché coloré de Fort-de-France. "Cette demande de rendez-vous a dû être inscrite sur ma fiche des Renseignements généraux!", a-t-elle lancé, fustigeant "l'Etat français et la droite de l'époque". "Mais a-t-elle vraiment changé?"
"J'ai bien compris ce jour-là, et je n'oublierai jamais, ce qu'était le pouvoir néocolonial", a-t-elle vivement dénoncé, filant implicitement la comparaison avec la droite actuelle.

"Ségolène présidente!"

Alors qu'à Paris la polémique fait rage sur l'affaire des RG et que le ton est brutalement monté avec Nicolas Sarkozy, c'est aux cris de "Ségolène présidente!" que la candidate du PS avait été accueillie à Fort-de-France. "C'est un bain de foule qui me nourrit d'énergie, de chaleur, d'amitié", a-t-elle confié, radieuse, en prenant ses quartiers au grand hôtel "La Batelière", entre vue sur la mer et notes de piano.
Vendredi, son agenda "très dense" prévoyait de multiples rencontres avec la population, soit autant d'occasions de bains de foule, et une visite de l'île caraïbe de long en large. Au point que son codirecteur de campagne François Rebsamen, qui l'accompagne, s'est "excusé" pour le marathon annoncé. "J'ai un programme extrêmement serré, et encore je n'ai pas pu satisfaire à toutes les demandes", s'est-elle réjoui.
Dès 8h (13h à Paris), Ségolène Royal était attendue au couvent Saint-Joseph de Cluny, où elle a été scolarisée lorsque son père militaire était affecté sur l'île. Après cette visite éclair, elle devait rendre hommage à l'abbé Pierre, avant de s'entretenir avec le poète Aimé Césaire. Elle devait ensuite arpenter le grand marché de Fort-de-France, puis se rendre dans quatre autres communes martiniquaises. Au menu: débat participatif avec 300 personnes, rencontre avec des agriculteurs et meeting en soirée.
Cette tournée antillaise de quatre jours, qui la mènera à partir de samedi en Guadeloupe, à 120kms au Nord, intervient alors que Ségolène Royal traverse une zone de turbulences dans les sondages, avec plusieurs enquêtes qui la donnent derrière Nicolas Sarkozy depuis le 15 janvier. Dans un sondage Ipsos publié ce jeudi, elle recule notamment de 3 points à 29% au premier tour de la présidentielle.

Projet le 11 février

Aussi la candidate du PS et son équipe ont-ils discrètement ajusté le tir. Violemment critiquée par l'UMP sur son absence de propositions et très attendue aux Antilles sur son projet pour l'Outre-mer, Ségolène Royal a donc promis du concret. "L'avenir de ces régions occupera une part importante dans mon projet présidentiel", a-t-elle assuré. Il faut dire que Nicolas Sarkozy, lors de sa venue aux Antilles en mars 2006, a multiplié les promesses, par exemple des "zones franches globales".
Alors que la prétendante à l'Elysée avait jusqu'alors calé sa campagne en deux temps -une phase d'écoute avec débats participatifs, et une phase de propositions-, un subtil glissement sémantique s'est aussi opéré jeudi. La première étape s'est ainsi transformée en phase d'écoute "et de propositions". "Je ne suis pas dans l'écoute passive", a-t-elle justifié. En difficulté, la candidate avait déjà étoffé son agenda ces derniers jours et avancé la date de présentation de son projet au 11 février, alors qu'il était prévu fin février début mars.
Vendredi, Ségolène Royal devrait donc intervenir sur les thèmes chers aux Ultramarins, avec pour fil rouge l'"égalité réelle" avec la métropole: évolution des institutions, développement économique (le taux de chômage est deux à trois supérieurs), et la question sensible du prix des billets d'avion, jugé excessif entre Paris et l'Outre-mer.
La Martinique et la Guadeloupe représentent en effet, à elles seules, un vivier électoral non négligeable de quelque 550.000 voix.

(Avec AP)

Publié dans Présidentielles 2007

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