La gauche sort vainqueur par forfait de la réunion des départements

Publié le par ps maromme

Par Matthieu Deprieck

Ce lundi, l'Assemblée des départements de France, majoritairement gérée par la gauche, réunissait les conseillers généraux à Paris. La droite n'est presque pas venue, la gauche a vaincu. Les réformes de la taxe pro et de l'organisation territoriale agacent de plus en plus.

Devant l'entrée de l'amphithéâtre, les socialistes quadrillent l'espace. Aux nombreux micros et caméras, ils expliquent que les réformes de la taxe pro et de l'organisation territoriale vont conduire à une prise en main des collectivités locales par l'Etat. L'opération médiatique est en place.

Des centaines de conseillers généraux se sont rendus au Palais des congrès pour débattre des réformes de la taxe professionnelle et de l'organisation territoriale.

M.D/LEXPRESS.fr

Des centaines de conseillers généraux se sont rendus au Palais des congrès pour débattre des réformes de la taxe professionnelle et de l'organisation territoriale.

La droite ne s'est pas déplacée au Palais des congrès pour participer à cette réunion extraordinaire des conseillers généraux. Et la gauche, majoritaire dans l'Assemblée des départements de France (ADF), est bien décidée à occuper l'espace.

Pourtant, le discours inaugural du président de l'ADF, le socialiste Claudy Lebreton, se montre modéré. Il déroule les motifs de colère de la gauche: opposition aux conseillers territoriaux et à leur mode d'élection, désengagement de l'Etat,... La salle réagit timidement, n'interrompant qu'à une reprise le discours de Claudy Lebreton pour applaudir.

C'est finalement l'UMP qui se charge de l'animation. Bruno Sido, président du Conseil général de la Haute-Marne, prend place derrière le pupitre et entreprend de porter la parole du gouvernement, dans un discours brut de décoffrage. De quoi éteindre les derniers doutes sur la composition de la salle.

La droite a déserté

Morceaux choisis. "La réforme de la taxe professionnelle protégera les finances des départements". Huées. "Elle prévoit une compensation en 2010 et le gouvernement nous l'a garanti." Nouveaux sifflets. "Nous sommes favorables à la création des conseillers territoriaux." C'en est trop pour les élus présents. Des "Sido dehors" commencent à tomber des gradins. Partout dans l'amphithéâtre, on crie à la provocation. Et les gestes d'apaisement de Claudy Lebreton ne suffisent pas à calmer un auditoire déchaîné.

A sa descente de la scène, Bruno Sido confie à LEXPRESS.fr qu'il s'attendait à cette réaction: "Je me devais pourtant de présenter nos idées et la vision du gouvernement. Si procès il doit y avoir, il faut qu'il soit équitable."

Si l'élu s'est senti esseulé dans cette réunion extraordinaire, c'est que la droite s'est peu mobilisé pour ce rendez-vous, qui s'annonçait comme une manifestation contre la volonté gouvernementale d'appliquer des réformes impopulaires. Estime-t-il alors avoir été lâché par ses collègues? "La question de la venue de la droite s'est posée. Mais après le congrès de l'ADF (qui s'était tenu à Clermont-Ferrand en octobre dernier et s'était terminé par l'absence d'une synthèse), il a été décidé de ne pas venir", explique le sénateur UMP.

Dans ces conditions, impossible de parvenir à une quelconque union entre gauche et droite. Une impression que partage les conseillers généraux présents. Bernard Derosier, président PS du Conseil général du Nord, assure que "de plus en plus d'élus de la majorité prennent conscience qu'ils ne pourront pas répondre aux attentes de leurs concitoyens avec les budgets dont ils disposeront, mais que la droite ne veut pas entrer dans le débat."

Pour Claude Bartolone, président du Conseil général de Seine-Saint-Denis, "les élus de droite sont happés par leur camp politique. Ils sont mandatés pour tenir le discours officiel. Bruno Sido était aujourd'hui là en service commandé."

82% des Français attachés aux départements

Face à une droite qui a déclaré forfait, l'opposition s'est régalée. Arnaud Montebourg, président du conseil de Saône-et-Loire, a pu dresser le tableau des prochains mois: "On court vers un scénario à la californienne. Les préfets vont prendre le contrôle des départements, qui n'auront plus les ressources pour faire leur travail. 25 départements sont aujourd'hui en difficulté. L'année prochaine, 37 autres connaîtront le même sort."

Même le sondage commandé par l'ADF à Ipsos épouse les arguments de la gauche. L'échantillon représentatif de la population (935 personnes) évoque un attachement au département (82%), attribue un rôle utile au département (72%) et se dit satisfait de l'action du Conseil général (78%). Quant à la réforme menée par le gouvernement, les Français jugent qu'elle "ne permettra pas de faire des économies" (53%), qu'elle "ne modernisera pas le pays" (48%), et qu'elle "n'est pas prioritaire" (66%).

A l'ADF, la gauche a tout pour elle: l'image d'une réforme impopulaire qui monte dans l'opinion publique, un sondage favorable, et une droite absente. Les oreilles du gouvernement doivent commencer à siffler.

Publié dans Section de Maromme

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